La "diagonale du vide" n'existe pas.

La "diagonale du vide" n'existe pas.

Des raisons d'espérer
2 min ⋅ 18/09/2026

Quand j'étais au collège, en géographie, on m'apprenais que la moitié de la France était "Vide". Pourtant, cet été, en parcourant l'Ardèche, ses montagnes, ses vallées et ses village, je n'ai pas vu un seul village sans vie. Pas un village sans un petit commerce qui se bat pour tourner, sans une association qui organise une expo, un concert ou une fête.

Notre territoire est vivant, avec son lot d'événements fédérateurs et de causes à défendre. Les forces bénévoles font marcher l'économie et la solidarité pour sortir d'un quotidien rythmé par un boulot atomisé et les trajets en voiture qui se rallongent pour accéder à un service public.

Quand j'entends qu'il ne se passe rien loin des villes, que notre "vision" pour le territoire est de fermer la campagne parce qu'elle coûte trop cher… pour mener des "grands" projets dans des "grandes" villes, je me dis qu'on ne regarde pas du bon côté.

Il faut changer notre regard : les campagnes construisent une autre manière d'être ensemble et sont notre avenir économique, environnemental et démocratique.

Voici ce que pourrait être une vision de l'aménagement du territoire différente : les petites épiceries, l'accès au soin sur  tout le territoire, les écoles de proximité, et même les gendarmeries sont des garanties de développement sain pour nos campagnes : celle de renouveler l'emploi, d'entretenir nos paysages et notre patrimoine (et de préserver leurs vertus écologiques)…

Cette vision n'est pas seulement celle de l'avenir de la campagne pour la campagne. Elle répond en partie aux enjeux d'accueil de l'exode urbain, de gestion des risques environnementaux et des catastrophes naturelles, de production d'énergie, de réservoir d'eau de la France, de production agricole…

Il y a 10 ans, on théorisait "la ville du quart d'heure". Une ville où l'on retrouve un accès à un panel de services à moins de 15 minutes de son domicile. De manière générale, l'idée est de casser les "ghettos sectoriels" que l'on a créé en construisant tous les logements dans un endroit et tous les services de l'autres, tous les commerces d'un côté et les industries de l'autre en allongeant considérablement le temps passé à se déplacer.

Cette manière de réaménager la ville me semble pertinente pour retrouver des dynamiques (et donc des vies) de quartier. Mais nous avons aussi besoin de soutenir des dynamiques (et donc des vies) de territoire. La ville du quart d'heure ne marchera pas sans une campagne du quart d'heure.

Car la "diagonale du vide" n'est pas et ne veut pas être une réserve de population inféodée à des métropoles qui concentrent les services et les emplois. La défiance démocratique dans les campagnes est la conséquence d'un choix politique de centralisation des services et des activités qui laisse du monde sur le bord du chemin.

Ainsi, dans chaque bassin de vie, à moins de 30 minutes de chez-soi, il faut suivre la logique de la ville du quart d'heure pour celui des campagnes vivantes en assumant le soutien des hôpitaux des villes intermédiaires, des écoles rurales, des commerces multi-services, des micro-crèches associatives, des brigades de gendarmerie, du monde associatif…

Nous pouvons décider de développer ou de soutenir un panel de service dans chaque bassin de vie en France, et nous pouvons flécher les moyens pour le faire dans le Projet de loi de Finance et autres lois qui arrivent avec quelques principes simples :

  • Arrêter la centralisation des brigades de gendarmerie

  • Faciliter l'ouverture et le fonctionnement des "petites" structures de service à la population (Ehpad, crèches, MAM…)

  • Interdire la création de "zone blanche" dans la carte scolaire (pas d'école à plus de 30 minutes d'un village ou de son hameau le plus loin en zone de montagne)

  • … et probablement bien d'autres choses !


Autant de "petits gestes" pour une grande vision de notre territoire qui donnera du souffle à tous les bénévoles qui s'investissent dans leurs villages et montrent aujourd'hui la richesse de nos campagnes.

Autant de "petits gestes" pour que l'on apprenne demain à l'école que la France est riche de ses villes et de ses villages dans nos cours de géographie, et que la diagonale du vide n'existe pas.

Et vous, qu'est-ce qui vous marque le plus sur la vitalité de nos campagnes ?

Des raisons d'espérer

Par Hugo Biolley

Hugo Biolley est Maire de Vinzieux (Ardèche) depuis 2020.

Il s’est engagé dans la défense des forces de l’ultraruralité au sein de l’association Insite.

Après avoir été plus jeune Maire de France, il continue son engagement local et souhaite contribuer à porter la voix d’une génération qui garde espoir et veut regarder les crises environnementales, sociétales et démocratiques en face sans tomber dans le populisme.