80 000 personnes cherchent de l'eau : que faire quand le robinet ne coule plus ?

Nous avons aménagé notre territoire et construit notre vie autour de l’eau, mais le robinet ne coule plus pour 80 000 personnes en France.

Des raisons d'espérer
4 min ⋅ 15/10/2026

Nous sommes à un tournant dans l’effet du réchauffement climatique sur notre accès à l’eau. Elle ne coule plus comme avant, et nous vivons ce que nous avions prédit : l’eau est une ressource précieuse, rare et fragile qui coule moins régulièrement qu’avant. Alors, ce constat est maintenant partagé, on l’entend bien assez souvent. Mais par où commencer pour parler de l’eau ?

Nous avons aménagé notre territoire et notre vie autour de l’eau.

La ressource en eau est un élément fondamental de la vie sur terre. Sans eau potable, nous n’irons pas bien loin. D’ailleurs, l’écrasante majorité de notre histoire porte les traces de notre rapport à l’eau : on a installé les premiers villages au bord des rivières, construit des fermes sur des sources, puis bâti les villes sur les plus grands fleuves en se servant de l’eau comme moyen de se déplacer et de commercer. On a installé des moulins à eau pour produire de l’énergie, et construit des aqueducs pour s’éloigner des rivières et organiser notre agriculture…

Bref, nous avons aménagé le territoire autour de notre eau. Mais que va-t-il rester de tout ça ? Le réchauffement climatique est assez clair sur notre avenir : l'accès à l’eau sera plus rare et l’accès à l’eau potable sera encore plus rare : cela aura des conséquences sur l’aménagement de notre territoire.

A quelques kilomètres de Vinzieux coule un fleuve largement dompté par l’homme : le Rhône. Un fleuve qui permet à des millions de personnes de vivre (moi le premier !).

  • Il nous fournit de l’énergie via ses barrages ou ses centrales nucléaires qu’il refroidit.

  • Il fait boire de plus en plus de monde : Vinzieux est connecté à l’eau potable du Rhône par exemple.

  • Il irrigue des terres jusque dans les contreforts du Pilat à 450m d’altitude.

Et nous continuons d’aménager notre territoire pour nous développer. Les aqueducs et canaux ont laissé la place à l’Aqua Domitia : un immense projet de 140 kilomètres de tuyaux pour amener l’eau du Rhône jusqu’à Bézier, irriguer des terres agricoles menacées par la sècheresse et faire boire les habitants et touristes qui affluent dans cette région. Nous avons misé sur le développement de notre territoire par l’extension de l’emprise du Rhône et de son précieux liquide dans le sud de la France.

Mais le Rhône n’est pas éternel. Il est même en train de s’assécher petit à petit : le réchauffement climatique a des conséquences sans appel sur le grand cycle de l’eau.

Bien entendu, mon cerveau a du mal à imaginer ce que veut dire 1700 m3/s : le débit du Rhône avant son embouchure à Beaucaire. C’est immense, mais malheureusement pas infini. Ce débit est déjà en moyenne 13% plus faible en période d’étiage (niveau le plus bas) qu’en 1960, et va continuer de chuter. L’Agence de l’Eau Méditerranée Corse a tenté de se projeter jusqu’en 2055 et estime que le débit pourrait baisser d’entre 16% et 35%… soit passer de presque 2000 m3/s en 1960 à 1190m3/s cent an plus tard.

Nous allons donc devoir vivre avec deux fois moins d’eau dans notre fleuve l’été, et potentiellement 30 à 40% de plus d’eau dans notre fleuve l’hivers (avec d’autres conséquences). Les sécheresses estivales vont ainsi nous poser de sérieux problèmes.

Cette donnée scientifique, doit laisser la place à un débat politique : comment allons nous nous adapter à cette nouvelle donne sur l’eau ?

N’attendons pas d’être au pied du mur et de laisser se battre l’industriel, l’agriculteur, l’énergéticien et le buveur pour quelques gouttes de flotte.

La politique est une histoire de vision, et celle à construire sur l’eau doit se baser sur ce constat sans appel : nous avons aménagé notre territoire autour de l’eau, mais nous allons devoir le réaménager pour vivre avec moins d’eau l’été, et plus d’eau l’hivers.

Le robinet ne coule plus.

L’année 2026 présente une forme de rupture dans les conséquences du réchauffement climatique sur l’eau : le 30 septembre, 78 départements sont encore en alerte de crise pour la sécheresse, et 80 000 personnes vivent grâce à des camions citernes ou des bouteilles d’eau. Le robinet ne coule plus.

Ainsi, chaque année, des nouveaux foyers vont (re)découvrir que l’eau du robinet peut s’arrêter de couler ou avoir une pression extrêmement réduite. Ces mesures de prévention, subies, ne sont plus lointaines, elles arrivent à grande vitesse sur notre territoire. Nous avons donc besoin de réaménager notre territoire et nos habitudes pour éviter de tirer des tuyaux qui seront vide dans quelques années.

Mais avant d’aborder les solutions, comment bien comprendre nos problèmes ?

Il y aura moins d’eau en été :

  • Nous n’avons pas moins d’eau sur une année en moyenne. Cependant, il y aura en moyenne 20% de pluie en moins en été, et 20% de pluie en plus en hivers, avec des épisodes d’orage plus violents qui ne remplissent plus les nappes phréatiques.

  • Nous allons donc devoir nous adapter l’été pour éviter les ruptures. L’accès à l’eau va devenir un enjeu et une source de tension pour de nombreux territoires avec des conséquences en chaîne que l’on a du mal à imaginer. Un exemple au hasard : un restaurateur qui ne peut pas faire sa vaisselle l’été ne pourra pas ouvrir en pleine saison.

L’eau a tendance à ruisseler plus qu’avant :

  • L’aménagement urbain de notre territoire accentue l’imperméabilisation : l’eau ruissèle jusque dans les fleuves plutôt que de s’infiltrer dans les sols ou les nappes phréatiques, causant deux problèmes : la sècheresse et les crues.

  • L’aménagement agricole de notre territoire accentue le ruissèlement : les champs sont plus gros, et les choix de la Politique Agricole Commune ont contribué à faire chuter de 70% la quantité de haies en France depuis 1950. Ces broussailles et autres barrières naturelles permettent à l’eau de mieux s’infiltrer.

L’eau n’est pas toujours où l’on pense : la destruction d’écosystèmes a réduit la capacité de notre sol à “infiltrer” de l’eau. La protection des zones humides a ainsi des effets importants (et insoupçonnés) sur la quantité d’eau disponible sur un territoire.

  • 40% des pluies prennent leur source dans de “l’eau bleue”, l’évaporation des rivières, des lacs, de l’océan, etc.

  • 60% des pluies viennent de “l’eau verte”, c’est à dire la “transpiration” des arbres, du sol, des zones humides… qui vont rejoindre les nuages. Vous ne verrez plus la rosée du matin de la même façon !

Un problème mathématique, une solution politique ?

Notre problème avec l’eau est finalement assez mathématique : si nous voulons consommer plus d’eau que ce que nous avons au mois d’aout, nous serons en pénurie. Mais surtout, tout notre système peut vaciller vers une guerre de l’eau.

Nous pouvons donc anticiper et travailler sur la baisse de la consommation :

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Des raisons d'espérer

Par Hugo Biolley

Hugo Biolley est Maire de Vinzieux (Ardèche) depuis 2020.

Il s’est engagé dans la défense des forces de l’ultraruralité au sein de l’association Insite.

Après avoir été plus jeune Maire de France, il continue son engagement local et souhaite contribuer à porter la voix d’une génération qui garde espoir et veut regarder les crises environnementales, sociétales et démocratiques en face sans tomber dans le populisme.